Sauvés du camion, du broyeur à ordures,
Je remplis mes cartons de jolis objets démodés.
Devenus encombrants, vêtements et chaussures,
Les poubelles avalent les vieux articles désuets.
Et je remplis mes placards de ces vieilles breloques,
Sauvées des mâchoires de mon camion affamé.
Des gloires réformées dont les bourgeois se moquent,
Les restes de fantasmes de consommateurs consommés.
Ils ont dû travailler durement pour pouvoir en jeter autant.
Dans la gueule de mon camion, il n'y a pas de récession.
Je disparais dans les frimas avant que l'on ne me voit.
Je fais s'envoler au matin les ordures en magicien.
Je sais tout de la vie des habitants de mon circuit.
Je lis leurs existences dans les poubelles que je balance
Dans la gueule de mon camion, comme un gouffre sans fond,
S'achèvent ici les rêves, les fêtes, les ambitions.
Jamais personne chez moi, pas de visites organisées,
De peur qu'un marchand d'art ne se mette à spéculer
Sur ces anciennes gloires à mes yeux sacralisées.
On m'accuserait de recèle s'il y avait valeur ajoutée.