Les chanteurs sont infâmes et toujours ils trahissent,
Cèdent aux premières pressions qu'ils subissent,
Deviennent les valets de ceux qu'ils condamnaient,
Et prennent la tangente à la moindre tourmente.
Les chanteurs chantent l'amour et font oublier son prix,
Montrent leur spleen comme leurs culs aux passants,
Tandis que sous leurs fenêtres défilent des damnés
Qui crèvent de n'avoir plus de héros à vénérer.
Ils posent des camisoles après avoir tenté
De libérer les folles pulsions de liberté,
Qui courraient dans les veines de leurs admirateurs,
Les chanteurs sont de pauvres briseurs de cœurs.
Les chanteurs ont des fusils en guise de guitares
Et les parabellums jouent en première partie,
Leurs affiches sont rouges et pleurent Manouchian,
Et se foutent des guerres comme de la fin des temps.
Les chanteurs ont des coffres oû ils enferment leurs rimes,
Leurs poésies ne sont que chasseuses de primes.
Leur petite subversion est un investissement.
Nous vendrons sans remords, notre pain aux allemands.
Quand leurs muses s'épuisent, ils meurent et disparaissent
Aux yeux des autres chanteurs restés dans le business.
Ils s'accrochent pitoyables à leurs gloires passées
Et aux faux espoirs qu'on leur fait miroiter.