Je vous parle d'un temps ou les moins de vingt ans chantaient « ni dieu, ni maitre ».
Quand ils grandirent un peu ont tous baissé les yeux et sont retournés paitre
En petits salariés un peu moins motivés,
Quand il faut protester on laisse ça aux cadets.
On s'était bien trompés on s'était joliment laissés embobiner
Par des sondeurs bidons, analystes d'opinions, commentateurs zélés.
Tout était joué d'avance selon les sondages,
Pourquoi aller aux urnes, on était mieux à la plage.
C' était vraiment pas la joie, on s'en mordait les doigts jusqu'à la gourmette,
On avait l'air bien débiles le 21 avril on faisait pas la fête.
A la prochaine sommation c'est les chemises brunes qui défilent,
Nos convictions on les découvrait pas d'un fil.
Alors on a fait des banderoles, tapé sur des casseroles, inventé des slogans,
Comme on était débutants dans le genre manifestants, on suivait les plus grands.
On a ressorti les Béru, et l'internationale,
Les poings levés au ciel c'était la révolte sociale.
Une pince à linge sur le nez, les urnes débordaient de bulletins malodorants.
Moi j'avais le sentiment de fournir gratuitement le tube de lubrifiant.
On a élu comme prévu celui qui nous ferait le moins mal,
Entre une grosse peste brune et une petite grippe intestinale.
C'était bien cher payé, elle fut vite oubliée cette sévère punition
Et le grand somnifère a repris ses affaires à la télévision.
On a rangé les banderoles et les jolis slogans,
On est allé se recoucher bien tranquillement.